PimEyes
ce que c’est, ce qu’il en fait, comment s’en retirer
Reconnaissance faciale, RGPD, opt-out : un point factuel et équilibré sur le moteur qui inquiète autant qu’il intrigue.
PimEyes est un moteur de recherche d’images par reconnaissance faciale. On lui soumet une photo, il scanne son index pour retrouver d’autres photos du même visage en ligne. Une procédure d’opt-out gratuite existe pour faire retirer ses images.
- Usage défendable : vérifier où sa propre image apparaît en ligne.
- Usage problématique : rechercher un tiers sans consentement, contraire au RGPD.
- Cadre légal : données biométriques classées sensibles (article 9 RGPD).
- Opt-out : formulaire dédié sur le site officiel, photo + pièce d’identité caviardée.
PimEyes
qu’est-ce que c’est, qui l’a créé
PimEyes est un moteur de recherche par reconnaissance faciale lancé en 2017. À ses débuts, il était présenté comme un outil pour permettre à un internaute de retrouver les photos de son propre visage publiées sur le web. Le service a depuis évolué, changé plusieurs fois de propriétaire et de domiciliation, et fonctionne aujourd’hui sur un modèle freemium avec un abonnement payant pour accéder aux sources des images trouvées.
La société est née en Pologne avant de migrer hors de l’Union européenne. Cette migration n’est pas anodine : elle s’inscrit dans un contexte où plusieurs autorités de protection des données européennes ont engagé des plaintes contre des entreprises qui constituent des bases biométriques à grande échelle sans consentement.
Comment ça marche concrètement
L’usage se résume en quatre étapes. On charge une photo de visage sur le site, l’algorithme extrait des points caractéristiques du visage, il compare cette empreinte à un index d’images publiques préalablement collectées, et il renvoie une liste de correspondances avec un score de similarité.
L’index est constitué par un crawl massif d’images publiques disponibles sur le web : sites perso, blogs, articles de presse en ligne, forums, profils publics. Les photos non publiques (compte privé, intranet) ne sont en principe pas indexées. Les résultats incluent une miniature et un score, mais l’URL d’origine est masquée tant qu’on n’a pas pris un abonnement payant.
La pertinence des résultats varie fortement selon la qualité de la photo soumise. Une photo floue, prise de profil ou avec des lunettes de soleil dégrade significativement les correspondances. Le service fonctionne mieux avec un portrait net pris de face, ce qui correspond aussi à la majorité des photos publiques disponibles en ligne.
Charger la photo d’un tiers sans son consentement pour l’identifier sort du cadre du RGPD. La responsabilité juridique pèse alors sur l’utilisateur, pas seulement sur la plateforme. C’est un point que beaucoup ignorent en pensant que l’usage du service serait sans conséquence.
Usages légitimes et usages problématiques
Le service met en avant deux cas d’usage : la veille de réputation personnelle (savoir où apparaît son visage en ligne) et la lutte contre l’usurpation d’identité. Ces deux cas sont cohérents avec le cadre légal européen tant qu’on cherche son propre visage.
Vérifier sa propre image en ligne
C’est l’usage défendable. Charger sa propre photo, voir si elle a été republiée à son insu, si un blog d’occasion l’a reprise sans accord, si elle apparaît sur un site dont on ignorait l’existence. C’est le pendant biométrique de la recherche par image inversée que propose Google Lens, en plus précis sur le visage. Ce cas d’usage relève du droit d’accès aux données personnelles que chacun possède.
Stalking et retracking
ce qui ne passe pas
L’autre usage, beaucoup plus problématique, consiste à charger la photo d’un tiers (sans son accord) pour retrouver toute son empreinte web. C’est ce que dénoncent des journalistes et des associations de protection des victimes : retracker une personne anonyme à partir d’une photo prise dans un lieu public, identifier un profil personnel à partir d’une photo professionnelle, suivre quelqu’un sur des sites où il pensait être anonyme. Ces usages sortent clairement du cadre légal européen.
Le cadre RGPD en Europe
Les données biométriques (empreintes faciales, digitales, vocales) relèvent de l’article 9 du RGPD : ce sont des données dites « sensibles » dont le traitement est en principe interdit, sauf exception très encadrée (consentement explicite, intérêt vital, motif d’intérêt public important).
Un moteur comme PimEyes traite par construction des données biométriques de millions de personnes qui n’ont jamais donné leur consentement, puisque les images sont collectées par crawl. C’est précisément ce point qui cristallise les plaintes engagées par les autorités européennes. Le service défend son fonctionnement en invoquant l’intérêt légitime et en mettant en avant son outil d’opt-out gratuit, mais cette base légale reste contestée.
Plusieurs autorités ont déjà accompagné des procédures contre des sociétés similaires (Clearview AI, sanctionnée en France et en Italie, pour ne citer qu’elle). Le service PimEyes reste accessible en France, mais l’utilisation pour rechercher des tiers sans consentement engage la responsabilité de l’utilisateur, pas seulement celle de la plateforme.
Comment retirer ses images de l’index
Le site propose une procédure d’opt-out gratuite. Trois étapes suffisent : accéder à la page d’opt-out depuis le site officiel, téléverser une photo de référence du visage à retirer, fournir un justificatif d’identité partiellement caviardé pour ne pas exposer les autres données. La demande est traitée dans un délai variable, généralement de quelques jours à quelques semaines. Une fois validée, les images correspondantes sont retirées de l’index et un mécanisme de blocage est censé empêcher leur réindexation ultérieure.
Si la demande n’aboutit pas, deux recours existent : saisir directement la CNIL en France via son formulaire de plainte en ligne, ou s’adresser à la commission de protection des données du pays de domiciliation du service. La CNIL a déjà accompagné des procédures contre des moteurs similaires.
Alternatives à PimEyes
ce qui existe vraiment
Trois alternatives sont régulièrement citées, avec des profils très différents.
Google Lens
Recherche d’image inversée, pas de reconnaissance faciale biométrique. Trouve les occurrences exactes ou très similaires d’une image. Suffisant pour une veille de réputation simple. Reste dans le cadre RGPD.
FaceCheck
Fonctionnement similaire à PimEyes, fiabilité généralement jugée inférieure. Pose les mêmes questions juridiques côté RGPD : usage sur tiers sans consentement à éviter.
Yandex Images
Moteur russe puissant en recherche par image, faciale incluse. Son cadre légal échappe au RGPD : les images indexées et les recherches ne bénéficient pas des mêmes garanties qu’un service européen.
Une règle utile pour s’y retrouver : pour vérifier soi-même sa propre image, Google Lens suffit dans la majorité des cas. Pour creuser plus loin, PimEyes peut être pertinent en respectant son cadre. Pour rechercher quelqu’un d’autre, aucun de ces outils ne devrait être utilisé sans consentement explicite.
PimEyes est-il légal en France ?
Le service reste accessible mais opère dans une zone juridique contestée. L’usage personnel pour rechercher sa propre image est compatible avec le RGPD. L’usage sur des tiers sans consentement engage la responsabilité de l’utilisateur et peut constituer un traitement illicite de données biométriques au sens de l’article 9 du RGPD.
Comment retirer ses images de PimEyes ?
Une procédure d’opt-out gratuite est accessible depuis le site officiel. Elle demande l’envoi d’une photo de référence et d’un justificatif d’identité partiellement caviardé. Le délai de traitement va généralement de quelques jours à quelques semaines.
PimEyes garde-t-il les photos uploadées pour une recherche ?
Selon la documentation officielle, les photos uploadées dans le cadre d’une recherche sont effacées après usage et ne sont pas ajoutées à l’index. Cette politique est cependant difficile à vérifier indépendamment.
Quelle différence avec Google Lens ?
Google Lens fait de la recherche par image (similaires ou identiques), pas de la reconnaissance faciale biométrique. Il retrouve où une image apparaît mais ne reconnaît pas un visage à partir de plusieurs photos différentes. Pour une veille de réputation simple, Lens suffit. Il est gratuit et reste dans le cadre RGPD.
Peut-on porter plainte si on retrouve sa photo sur PimEyes sans son accord ?
Oui. La première étape est de demander le retrait via la procédure d’opt-out. Si elle échoue, une plainte peut être déposée auprès de la CNIL en France via son formulaire en ligne. La CNIL peut engager une procédure ou orienter vers l’autorité européenne compétente.
PimEyes n’est ni un gadget anodin ni un outil interdit : c’est un service technique qui interroge un cadre légal en train de se construire. Le bon réflexe reste celui de toute donnée biométrique : ne pas l’utiliser sur autrui sans consentement, et ne pas hésiter à demander son retrait quand sa propre image y figure.