Construction de la tour Eiffel
deux ans pour 300 mètres de fer
Du concours de 1886 au dernier rivet de mars 1889 : le récit d’un chantier mené à un rythme inédit pour l’époque.
La tour Eiffel a été construite en deux ans, deux mois et cinq jours, du 28 janvier 1887 au 31 mars 1889, pour l’Exposition universelle de 1889. Conçue par les ingénieurs Maurice Koechlin et Émile Nouguier, mise en forme par l’architecte Stephen Sauvestre et portée par l’entrepreneur Gustave Eiffel, elle assemble 18 038 pièces de fer puddlé tenues par environ 2,5 millions de rivets. Haute de 312 mètres à l’origine, elle ne devait rester debout que vingt ans.
- Chantier : 28 janvier 1887 au 31 mars 1889, soit deux ans, deux mois et cinq jours.
- Concepteurs : Koechlin et Nouguier pour l’idée, Sauvestre pour l’allure, Eiffel pour le portage.
- Matériau : fer puddlé, 18 038 pièces, environ 2,5 millions de rivets.
- Destin prévu : démontage au bout de vingt ans, en 1909.
Construire une tour de fer de 300 mètres en moins de deux ans et demi, sans grue moderne ni calcul informatique, relevait du pari en 1887. Pourtant le chantier de la tour Eiffel n’a presque rien d’improvisé. C’est un projet d’ingénierie calculé, préparé en atelier puis assemblé sur place avec une précision qui étonne encore aujourd’hui. Voici comment il s’est réellement déroulé.
Pourquoi une tour de 300 mètres en 1889
La tour n’est pas née d’un caprice esthétique mais d’une commande. La France prépare l’Exposition universelle de 1889, qui doit aussi célébrer le centenaire de la Révolution française. Il faut un geste fort, une pièce maîtresse capable d’attirer les regards du monde entier. En 1886, un concours est lancé pour ériger sur le Champ-de-Mars un monument de 300 mètres. Le projet porté par l’entreprise de Gustave Eiffel l’emporte.
L’idée d’une tour métallique très haute circulait déjà chez les ingénieurs de l’époque, en France comme aux États-Unis. L’Exposition lui donne ce qui lui manquait : un débouché, un terrain et un calendrier serré. La hauteur de 300 mètres n’est pas un chiffre rond choisi au hasard, c’est le seuil que personne n’avait encore franchi avec une construction.
Les concepteurs
bien plus que Gustave Eiffel
Le nom est resté celui d’Eiffel, mais l’idée première vient de deux ingénieurs de son bureau d’études, Maurice Koechlin et Émile Nouguier. Dès 1884, ils dessinent l’ossature d’un grand pylône de fer. Le projet est d’abord jugé trop austère ; l’architecte Stephen Sauvestre est appelé pour l’habiller. C’est lui qui dessine les grands arcs décoratifs à la base, les plateformes et l’allure qui rendront la tour acceptable aux yeux du public.
Gustave Eiffel, lui, apporte ce qui manque souvent aux bonnes idées : il rachète le brevet de ses ingénieurs, met son entreprise et sa réputation dans la balance, et finance une large part du chantier en échange du droit d’exploiter le monument. Attribuer la tour à un seul homme, c’est oublier cette chaîne entre l’ingénieur qui conçoit, l’architecte qui met en forme et l’entrepreneur qui porte le risque.
« Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, protester de toutes nos forces contre l’érection, en plein cœur de notre capitale, de l’inutile et monstrueuse tour Eiffel. »
Extrait de la « Protestation des artistes », publiée en février 1887, signée notamment par Maupassant, Gounod et Garnier.
Le projet est donc loin de faire l’unanimité au départ. Cette contestation, restée célèbre, rappelle qu’un ouvrage aujourd’hui adoré a d’abord été reçu comme une provocation. Le chantier, lui, n’a pas attendu la fin du débat pour commencer.
Un chantier de deux ans, deux mois et cinq jours
Les premiers travaux de terrassement commencent le 28 janvier 1887. L’assemblage final s’achève le 31 mars 1889 : deux ans, deux mois et cinq jours. Le calendrier initial tablait sur un délai encore plus court, mais la complexité des fondations et de la jonction des piliers l’a allongé.
La clé de cette rapidité tient en un mot : la préfabrication. L’essentiel des pièces n’est pas fabriqué sur le Champ-de-Mars mais dans les ateliers Eiffel de Levallois-Perret. Là, chaque élément est dessiné, percé et ajusté à l’avance, à partir de plans d’une précision extrême. Sur le chantier, les ouvriers n’ont plus qu’à hisser, positionner et river des pièces qui s’emboîtent comme un jeu de construction géant.
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Janvier 1887
Début des terrassements et coulage des fondations des quatre piliers, dont deux côté Seine nécessitent des caissons.
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1887 — montée des piliers
Les quatre piliers s’élèvent en biais, soutenus par des échafaudages provisoires, jusqu’au niveau du premier étage.
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Mars 1888 — la jonction
Étape la plus délicate : relier les quatre piliers au premier étage. Le moindre défaut d’alignement se serait payé cher.
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31 mars 1889
La tour est achevée. Eiffel gravit les marches pour hisser le drapeau au sommet, quelques semaines avant l’ouverture de l’Exposition.
Le fer, les rivets et les chiffres du montage
La tour n’est pas en acier mais en fer puddlé, un fer très pur produit notamment par les forges de Pompey, en Lorraine. Ce matériau résiste bien et vieillit lentement, ce qui explique en partie sa longévité. L’ensemble représente 18 038 pièces métalliques distinctes, tenues par environ 2,5 millions de rivets.
Tous ces rivets n’ont pas été posés sur place. Une grande partie des trous était déjà percée en atelier, et un peu plus d’un million de rivets seulement ont été assemblés directement sur le Champ-de-Mars. Chaque rivet posé sur site mobilisait une équipe de quatre hommes : un pour le chauffer, un pour le tenir, un pour former la tête, un pour frapper. Ce travail d’orfèvre répété des centaines de milliers de fois donne la mesure du chantier.
| Repère | Valeur | Précision |
|---|---|---|
| Durée du chantier | 2 ans, 2 mois, 5 jours | 28 janvier 1887 au 31 mars 1889 |
| Pièces métalliques | 18 038 | Préparées en atelier à Levallois-Perret |
| Rivets | ~2,5 millions | Environ 1 million posés sur site |
| Hauteur | 312 m à l’origine | Plus de 330 m aujourd’hui avec les antennes |
À l’origine, la tour culminait à 312 mètres. Les antennes ajoutées par la suite l’ont fait grandir : elle dépasse aujourd’hui 330 mètres. Sa base forme un carré d’environ 125 mètres de côté, ce qui lui donne son assise et explique sa stabilité face au vent.
Un chantier étonnamment sûr pour son époque
Pour un ouvrage d’une telle hauteur, le bilan humain reste étonnamment faible. Selon les périodes, 150 à 300 ouvriers travaillaient sur le site, jamais autant que l’imagine la légende, justement parce que le gros du travail était fait en amont, en atelier.
Eiffel imposait des règles de sécurité en avance sur son temps : plateformes de travail stables, garde-corps mobiles qui suivaient l’avancement, et surtout l’arrêt du chantier par grand vent. Un seul décès est généralement retenu, et il est survenu en dehors des heures de travail. Le chiffre exact reste discuté selon les sources, c’est pourquoi mieux vaut parler d’un ordre de grandeur que d’un bilan figé.
La vitesse du chantier ne vient pas d’un effort héroïque sur place, mais d’une organisation industrielle : tout est calculé et fabriqué à l’avance, puis monté comme un assemblage. C’est la logique de préfabrication qui explique à la fois la rapidité et la faible accidentologie.
Une tour qui devait disparaître en 1909
C’est le détail que beaucoup ignorent : la tour Eiffel n’était pas censée durer. La concession accordée à Eiffel courait sur vingt ans. À son terme, en 1909, le monument devait être démonté et son métal revendu. Rien, à l’origine, ne la destinait à devenir permanente.
Ce qui l’a sauvée n’a rien d’esthétique. Son sommet s’est révélé idéal pour les expériences scientifiques, puis pour la télégraphie sans fil et la radio. Devenue antenne, la tour est passée du statut de décor temporaire à celui d’équipement utile. Elle est restée debout d’abord pour de bonnes raisons techniques, avant de devenir le symbole que l’on connaît. Son histoire de chantier est aussi celle d’un ouvrage qui a su se rendre utile.
Combien de temps a duré la construction de la tour Eiffel ?
Deux ans, deux mois et cinq jours : du 28 janvier 1887, début des terrassements, au 31 mars 1889, date de l’achèvement, juste à temps pour l’Exposition universelle de 1889.
Qui a vraiment conçu la tour Eiffel ?
L’idée vient des ingénieurs Maurice Koechlin et Émile Nouguier, du bureau d’études d’Eiffel. L’architecte Stephen Sauvestre lui a donné son allure. Gustave Eiffel a racheté le brevet, porté le projet et financé une grande part du chantier.
En quoi est faite la tour Eiffel ?
En fer puddlé, un fer très pur, et non en acier. Elle compte 18 038 pièces métalliques distinctes tenues par environ 2,5 millions de rivets, pour la plupart préparés en atelier avant le montage.
Combien d’ouvriers sont morts pendant la construction ?
Le bilan est très faible pour l’époque. On retient généralement un seul décès, survenu en dehors des heures de travail. Eiffel appliquait des règles de sécurité en avance sur son temps.
Pourquoi la tour Eiffel n’a-t-elle pas été démontée en 1909 ?
La concession ne courait que vingt ans. Ses usages scientifiques puis radiophoniques, son sommet servant d’antenne, l’ont sauvée du démantèlement prévu.
Conçue à plusieurs mains, montée en un peu plus de deux ans et promise à la démolition : la tour Eiffel doit autant son existence à un calcul d’ingénieur qu’à un heureux concours de circonstances.